Vous avez toujours rêvé de piloter en Formule 1. Malheureusement, il fallait du talent, de la discipline, une enfance passée en karting et un cou de lutteur. Vous n’avez rien de tout ça, mais vous avez quelque chose de bien plus rare dans les paddocks : un compte en banque. Mercedes a donc trouvé un compromis. On ne vous laissera jamais monter dans la monoplace, mais on veut bien vous vendre son moteur. Voici la Mercedes-AMG One.
Tout commence au salon de Francfort 2017. Lewis Hamilton et Dieter Zetsche, alors patron de Mercedes, y dévoilent le « Project One » avec une promesse folle : installer un vrai groupe propulseur de Formule 1 dans une voiture homologuée pour la route. Les ingénieurs ont ensuite découvert pourquoi personne ne l’avait fait avant eux. En course, ce V6 tourne au ralenti vers 5 000 tr/min, ignore superbement les normes antipollution et n’a jamais été conçu pour attendre à un feu rouge. Il a fallu lui apprendre à tourner tranquillement à environ 1 200 tr/min et à se comporter comme un citoyen respectable. Il a fallu cinq ans de développement et plusieurs reports pour que la version définitive soit présentée en juin 2022. La première voiture a été livrée en janvier 2023. Mercedes en a construit 275, à la main, et aurait reçu plus de quatre fois plus de commandes. La marque n’a pas cédé. Les trois quarts des candidats ont ainsi découvert la vie d’un pilote de réserve : on est prêt, on est motivé, et on regarde les autres rouler.
Sous la carrosserie, rien n’a été édulcoré. Le V6 1,6 litre turbo est dérivé de celui de la W06 Hybrid, la monoplace avec laquelle Lewis Hamilton a été sacré champion du monde en 2015, et il grimpe jusqu’à 11 000 tr/min. Il est épaulé par quatre moteurs électriques : un sur le turbo, un sur le vilebrequin et deux sur l’essieu avant, qui en font une transmission intégrale capable de répartir le couple roue par roue. Au total, elle développe 1 063 ch. Elle passe de 0 à 100 km/h en 2,9 secondes et de 0 à 200 km/h en 7 secondes, et sa vitesse maximale est bridée à 352 km/h. L’aérodynamique active fait travailler des volets sur les passages de roues avant, des volets de diffuseur avant et un aileron arrière en deux parties. Elle dispose aussi d’un DRS commandé depuis le volant, exactement comme en course. Le chronomètre confirme le reste : 6 min 35 s sur la Nordschleife du Nürburgring en novembre 2022, puis 6 min 29 s 090 en septembre 2024 aux mains de Maro Engel. C’est la première voiture de route à passer sous la barre des 6 min 30. Et pour les départs discrets, elle sait parcourir environ 18 km en mode 100 % électrique. Vos voisins ne se douteront de rien. Pendant 18 km.
Évidemment, tout cela a un prix, et pas seulement à l’achat. Il n’y a pas de lunette arrière : vous regarderez derrière vous grâce à une caméra, ce qui tombe bien, puisque personne ne restera derrière vous très longtemps. Il n’y a pas de coffre non plus : vos bagages voyageront dans une autre voiture, conduite par quelqu’un de moins pressé. L’habitacle est étroit, la position de conduite est allongée comme dans une voiture de course, et on y entre par des portes papillon qui demandent un minimum de souplesse. Reste le sujet qui fâche : comme tout moteur de course, celui-ci a une durée de vie. Vers 50 000 km, ou plus tôt si vous abusez des circuits, il doit retourner chez Mercedes pour être entièrement reconstruit. La marque n’a jamais publié de tarif. La presse spécialisée évoque jusqu’à 850 000 euros dans le pire des cas, si toute la chaîne de traction doit être remplacée. Pour vous donner une idée, un simple entretien courant aurait déjà été facturé environ 44 000 dollars. Cela dit, relativisons : en Formule 1, un moteur ne tient que quelques milliers de kilomètres. Avec ses 50 000 km, vous venez donc d’acheter la version économique.
Celle-ci est un exemplaire 2025 neuf, à 0 km, équipé d’usine de la nouvelle version du Pack Motorsport, l’option esthétique la plus spectaculaire du catalogue AMG One. On la reconnaît à sa livrée revue, avec de plus grandes étoiles AMG sur les flancs, et au détail rouge surnommé le « rouge à lèvres » qui souligne l’écope de toit. Ce n’est ni une allocation ni une place sur une liste d’attente : la voiture existe, elle est disponible immédiatement et sans restriction. Des filets vert Petronas soulignent les bas de caisse de sa robe noire constellée d’étoiles. Le même vert court sur ses jantes en magnésium noires, habillées de carénages aérodynamiques en carbone. Ouvrez les portes papillon et le spectacle continue. Le carbone apparent est partout, de la console centrale aux contre-portes, et le vert Petronas réapparaît dans le logo AMG des baquets et dans leurs surpiqûres. Face à vous, le volant en carbone et microfibre est celui d’une monoplace, avec ses boutons DRS, PIT et PASS, au point que vous chercherez instinctivement votre ingénieur de course à la radio. Les écrans portent même encore leur film de protection d’origine. Nous vous laissons l’honneur de le retirer. Elle se trouve actuellement en Suède.
Un dernier mot sur Lewis Hamilton, qui l’a présentée au monde en 2017. En 2025, il a quitté Mercedes pour Ferrari en laissant le moteur derrière lui. Erreur de débutant.