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Jaguar · 01/1956

Jaguar XK 3,4 140 Roadster 190 ch

160 600 €

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Marque
Jaguar
Modèle
XK 140 Roadster
Année
01/1956
Moteur
Six cylindre en ligne 3,4
Puissance
190 ch
Énergie
Essence
Boîte
Moss 4 vitesses manuelle
Couleur extérieure
Bleu foncé
Couleur intérieure
Cuir Gris

Bon ! Nous avons compris : vous rêvez d'être British. Vous possédez la casquette en tweed, les gants de conduite en cuir, et cet air suffisant et sarcastique sans jamais être insupportable (sans rire, comment font-ils ?). Vous avez même une pensée émue pour la reine en vous dirigeant vers votre pub préféré… C'est bien, c'est bien… Dommage qu'il vous manque le principal : une Jaguar XK140 Roadster de 1956. En 1954, dans l'un des pays les plus pluvieux d'Europe, les ingénieurs de Jaguar ont pris une décision qui résume à elle seule l'optimisme britannique : construire un roadster sans vitres latérales, avec de simples rideaux amovibles et une capote en toile à monter soi-même. Soixante-dix ans plus tard, on leur pardonne volontiers. Ils ont glissé sous ce capot interminable un six-cylindres à double arbre à cames digne d'une voiture de course, et dessiné l'une des plus belles silhouettes de l'histoire de l'automobile. La XK140 Roadster, c'est exactement cela : une voiture parfaitement déraisonnable, absolument ravissante, et bien plus rapide qu'elle n'en a l'air. Son histoire commence pendant la Seconde Guerre mondiale. Les ingénieurs William Heynes, Walter Hassan et Claude Baily profitent de leurs nuits de surveillance anti-incendie à l'usine de Coventry pour dessiner le futur moteur XK, un six-cylindres à double arbre à cames en tête, une architecture alors réservée à la course. En 1948, il anime la XK120, qui fait sensation au salon de Londres puis devient la voiture de série la plus rapide du monde, avec plus de 210 km/h sur l'autoroute belge de Jabbeke. Mais la XK120 a ses défauts : un habitacle où l'on entre en se pliant en quatre, une direction lourde et des amortisseurs arrière d'un autre âge. En octobre 1954, Jaguar présente donc la XK140, qui garde la ligne et le moteur mais gagne de la place, de la précision et du confort. Produite jusqu'en janvier 1957 en roadster, coupé et cabriolet, elle ne sera fabriquée qu'à 8 937 exemplaires, dont seulement 3 349 roadsters, en grande majorité partis vers l'Amérique. Au fond, elle portait le message de l'Angleterre d'après-guerre : nous n'avons plus d'argent, mais nous avons encore du style. Sur la route, ses arguments sont nombreux. Le six-cylindres de 3,4 litres, avec sa culasse en aluminium et ses chambres hémisphériques, développe 190 chevaux, avec un couple généreux dès 2 500 tr/min. Il emmène les quelque 1 350 kg du roadster, la plus légère et la plus pure des trois carrosseries, à près de 200 km/h, et de 0 à 96 km/h en environ 8,5 secondes. Le moteur a été avancé de 76 mm pour laisser enfin de la place aux jambes, et la direction à crémaillère apporte une précision que la XK120 ne connaissait pas. La suspension avant à barres de torsion assure un guidage remarquable, et les amortisseurs télescopiques arrière améliorent nettement le confort. Quant au moteur XK, il a remporté cinq fois les 24 Heures du Mans et est resté en production jusqu'en 1992 : peu de mécaniques peuvent en dire autant. Côté style, c'est un sans-faute : un capot interminable, un habitacle reculé, des ailes arrière qui plongent vers le pare-chocs, une calandre chromée moulée d'une seule pièce et un jonc chromé sur le capot et sur le coffre. Pour l'anecdote, Jaguar n'a jamais été très doué pour la modestie. La XK120 devait son nom à ses 120 mph, et elle les tenait. La XK140 laisse rêver de 140 mph ; elle en fait environ 125, mais personne n'a jamais osé le lui reprocher en face. Son coffre arbore même un badge « Winner Le Mans 1951-3 », pour des victoires remportées par une autre voiture, la C-type de course. Une façon très britannique de partager la gloire familiale : on ne ment pas, on se contente de ne pas préciser. À bord, c'est un roadster anglais dans toute sa pureté : sellerie en cuir, volant Bluemels à quatre branches sur colonne réglable, compteurs ronds, et deux places seulement, ce qui évite d'avoir à refuser poliment les amis. Côté pratique, c'est l'une des anciennes de sa génération les plus simples à faire vivre. Les pièces sont remarquablement bien suivies par les spécialistes et par Jaguar Classic, les clubs sont nombreux et passionnés, et le certificat Jaguar Heritage permet de retrouver la configuration d'origine de chaque exemplaire. Enfin, des trois carrosseries, le roadster est la plus recherchée par les collectionneurs, et sa cote ne cesse de progresser. Évidemment, une anglaise de soixante-dix ans a ses caprices, et autant les connaître. Le châssis en caissons peut rouiller de l'intérieur, tout comme les bas de caisse, les montants et le plancher de coffre, et le plomb utilisé comme mastic à l'époque savait garder ses secrets. Les panneaux en aluminium n'apprécient guère le contact de l'acier, et les portes reposent sur une armature en bois de frêne, à la manière d'une belle calèche. La boîte Moss d'origine a sa personnalité : la première n'est pas synchronisée, si bien qu'on ne l'enclenche pas, on la négocie. Les freins à tambour vous enseigneront l'art de l'anticipation dans les descentes de cols, et le six-cylindres supporte mal les embouteillages : il a été conçu pour les routes de campagne, pas pour les bouchons du vendredi soir. Les tendeurs de chaîne de distribution finissent par fatiguer, et le joint arrière de vilebrequin d'origine aime marquer son territoire de quelques gouttes d'huile. Quant à l'électricité, elle est signée Lucas, que les amateurs de voitures anglaises surnomment affectueusement le « prince des ténèbres ». Rien de rédhibitoire : ce sont les traits de caractère classiques d'une anglaise de cet âge, et tout dépend du sérieux avec lequel elle a été entretenue. Venons-en à celle de notre fournisseur. C'est un roadster de janvier 1956, le mois même où William Lyons, le fondateur de Jaguar, était anobli : on ne pouvait pas rêver plus bel acte de naissance. Il porte une robe bleue associée à un intérieur en cuir gris, une combinaison d'une élégance toute britannique, avec son six-cylindres de 190 chevaux et sa boîte manuelle. Cette très belle voiture a été expertisée en tant que véhicule vétéran, un statut que la Suisse réserve aux anciennes conformes à l'origine et en bon état, et que les experts suisses, peu réputés pour leur indulgence, ne distribuent pas à la légère. Les photos détaillées et l'historique sont disponibles sur demande, et les essais se font sur rendez-vous. Et si quelqu'un vous demande pourquoi rouler dans une voiture de soixante-dix ans sans vitres ni direction assistée, contentez-vous de hausser un sourcil, très légèrement. C'est ça, être British. Tout le reste, ce n'était que du déguisement.