En 1979, en Californie, une Mercedes 450 SL dans l’allée voulait dire une seule chose : vous aviez réussi. Le chirurgien esthétique en avait une, l’avocat aussi, et le voisin qui n’en avait pas finissait par déménager discrètement. Près de cinquante ans plus tard, le message n’a pas changé, il est simplement devenu plus rare. Vous ne serez jamais chirurgien esthétique à Beverly Hills. Mais vous pouvez rouler comme lui. Voici la Mercedes 450 SL.
Lancée en 1971, la SL de la série R107 sera produite pendant dix-huit ans, une longévité presque unique dans l’histoire de Mercedes. Son plus grand marché, ce sont les États-Unis, qui l’adorent au point d’en faire la décapotable de luxe par excellence. En 1980, Richard Gere la conduit dans American Gigolo. Pour jouer un gigolo de luxe crédible, il lui fallait des costumes Armani et une 450 SL. Les deux ont mieux vieilli que le métier. L’Amérique aime ses idoles à sa façon : ses normes de sécurité lui imposent d’énormes pare-chocs, qui divisent dès leur apparition. Soyons objectifs pourtant : la version américaine y gagne une silhouette inimitable, celle que tout amoureux d’Hollywood voudra absolument dans son garage.
Ses qualités expliquent cette longévité. Le V8 de 4,5 litres a la réputation d’être indestructible, et celui-ci continue de le prouver. Elle est construite comme un coffre-fort, à une époque où Mercedes inventait la sécurité passive : zones de déformation, habitacle renforcé, cadre de pare-brise conçu pour protéger ses occupants. Même ses feux arrière sont nervurés pour rester visibles sous la saleté, un détail que seul un ingénieur allemand pouvait juger indispensable. Sa mécanique est simple et robuste, et les pièces se trouvent encore. La boîte automatique rend la conduite aussi détendue qu’un dimanche matin, la capote se replie à la main en quelques gestes, et une fois découverte, elle avance avec la tranquillité d’une voiture qui n’a jamais eu besoin d’aller vite pour être regardée. Elle reste l’une des plus belles décapotables de son temps, et sa cote progresse.
Soyons honnêtes : la version américaine n’est pas la plus vive. Les normes antipollution lui ont confisqué une partie de ses chevaux, et ses 180 chevaux d’époque, associés à une boîte automatique à trois rapports, préfèrent la promenade à l’accélération. Le V8 a un appétit à la hauteur de sa cylindrée. Quant à la climatisation, elle ne fonctionne pas. Sur les versions américaines, Mercedes avait développé une partie de la climatisation automatique avec Chrysler, et on cherche encore pourquoi, tant ce système s’est montré aussi fiable qu’un « je te rappelle » après un premier rendez-vous. Sa remise en état peut se discuter.
Celle-ci a été importée des États-Unis au Maroc en septembre 2022. Elle a reçu un entretien général : vidanges du moteur, de la boîte et du pont, bougies et filtres. Elle a été entièrement repeinte dans sa teinte d’origine, avec un traitement de la corrosion. Sa sellerie et sa capote ont été refaites. Côté suspension, les triangles, biellettes, chapes et supports ont été remplacés. Elle est montée sur des jantes sport de 15 pouces avec des pneus neufs, et affiche 180 000 miles, soit environ 290 000 km. Elle est proposée en exclusivité par Le Musée et se trouve au Maroc.
Capote baissée, lunettes de soleil, coude posé sur la portière : faites comme Richard Gere. Ayez l’air de ne pas remarquer que tout le monde vous regarde.