En 1991, Porsche a eu une idée de génie : prendre une 911, lui retirer les sièges arrière, l’insonorisation, les vitres électriques et une partie de la moquette, puis la vendre plus cher. C’est sans doute la seule fois dans l’histoire où payer plus pour avoir moins a été un placement brillant. Votre comptable n’a toujours pas compris. Ce n’est pas grave, il ne roule pas en 964 RS. Voici la Porsche 911 Carrera RS 964.
La Carrera RS 964 est directement dérivée de la 911 de course de la Carrera Cup, et Porsche lui a confié trois lettres qui avaient fait sa légende en 1973. Capot avant en aluminium, vitrages allégés, suspension abaissée et raffermie, différentiel autobloquant, jantes en magnésium de 17 pouces et baquets de course : la cure d’amaigrissement fait perdre plus d’une centaine de kilos à la Carrera 2, pour un poids d’environ 1 230 kg. Le flat-six de 3,6 litres, rebaptisé M64/03 et doté d’un volant moteur allégé, gagne une dizaine de chevaux. 2 282 exemplaires seulement sortiront de Zuffenhausen, tous destinés à l’Europe et au reste du monde. Les Américains n’y auront jamais droit : pour eux, Porsche a préparé une « RS America », c’est-à-dire une Carrera avec un aileron et beaucoup de bonne volonté.
Ses arguments ont fait d’elle l’une des 911 les plus désirables de l’histoire. Le flat-six atmosphérique de 260 chevaux, associé à une boîte manuelle à cinq rapports, emmène la voiture de 0 à 100 km/h en un peu plus de 5 secondes et jusqu’à 260 km/h. Chaque information de la route remonte directement dans le volant et dans le siège. Elle est légère, vive et sans filtre : une voiture de course à peine civilisée, qu’on peut pourtant immatriculer. C’est la 911 qui a lancé la lignée moderne des RS, celle que toutes les GT3 RS citent encore comme leur grand-mère, et sa cote le sait.
Soyons honnêtes : elle n’a rien d’une voiture de confort. La suspension est ferme, l’habitacle est bruyant et la chaleur s’y invite, les baquets ne pardonnent pas les longs trajets, et chaque pavé se rappelle à vous. Celle-ci a par ailleurs été repeinte, nous y revenons ci-dessous en toute transparence. Une RS ne se choisit pas pour aller faire les courses. Elle se choisit pour le reste.
Celle-ci est une Carrera RS livrée neuve en France et immatriculée pour la première fois le 5 janvier 1993. Elle affiche 7 360 km. Elle aurait surtout roulé la première année avant d’être remisée jusqu’en 2018. À 5 052 km, elle a alors bénéficié d’une révision mécanique complète chez Porsche Imsa, puis d’un entretien chez Porsche Sonauto Roissy en 2021, à 6 991 km, et d’une nouvelle révision complète en 2024 chez Levin Racing, spécialiste reconnu des Porsche classiques. Elle porte une robe noire (L700) et un intérieur noir, et son moteur M64/03 est matching numbers. Le moteur démarre à froid sans fumée, le compartiment moteur est propre et sans fuite, le soubassement est irréprochable, et elle conserve ses jantes en magnésium de 17 pouces d’origine, en état neuf. Quelques rayures profondes ayant entamé le vernis d’origine, elle a été repeinte par un peintre de premier ordre, avec dépose des vitrages et des joints. Les photos d’avant peinture prouvent que la voiture n’avait jamais été accidentée. Une inspection indépendante de 47 pages réalisée par Classic Data lui a attribué la note de 1- sur une échelle de 1 à 5. L’inspecteur a confirmé l’absence de tout dommage de collision et des jeux d’ouvrants conformes aux tolérances d’usine, de 4 à 6 mm. Les vitrages sont d’origine et sans impact. L’habitacle est remarquablement préservé : planche de bord et contre-portes impeccables, bourrelet gauche du siège conducteur sans usure, et ceintures d’origine. Elle est livrée avec sa facture d’achat d’origine et son carnet d’entretien tamponné. Elle se trouve actuellement en Suède.
Les Américains n’ont jamais eu droit à la vraie RS. Trente ans plus tard, ils traversent l’Atlantique pour l’acheter en Europe. Ne les laissez pas faire.