En espagnol, « murciélago » veut dire chauve-souris. En 2008, dans The Dark Knight, Bruce Wayne roule en Murciélago LP640, et personne à Gotham ne trouve rien de suspect. Un milliardaire noctambule, toujours habillé en noir, qui conduit une chauve-souris : les enquêteurs de Gotham n’étaient visiblement pas les meilleurs. Vous n’avez pas de double vie. Avec celle-ci, on vous en prêtera une. Voici la Lamborghini Murciélago LP640, en boîte manuelle. Oui, manuelle.
Présentée en 2001, la Murciélago est la première Lamborghini née sous l’ère Audi. Elle a pourtant gardé tout ce qui faisait de Sant’Agata la marque la plus démesurée du monde : un V12 en position centrale, des portes en élytre, une ligne signée Luc Donckerwolke, coupante comme une lame, et un mépris total pour la discrétion. En 2006, la LP640 pousse le concept à son paroxysme. LP pour Longitudinale Posteriore, la position du moteur, et 640 pour sa puissance. Le V12 passe à 6,5 litres, la face avant et la poupe sont redessinées, et une imposante sortie d’échappement ovale vient trôner au centre. Elle régnera sur la gamme jusqu’à l’arrivée de l’Aventador en 2011, et elle restera dans l’histoire comme la dernière Lamborghini V12 proposée avec une boîte manuelle. La plupart des clients de l’époque ont choisi la boîte robotisée e-gear. Aujourd’hui, ce sont les exemplaires à boîte manuelle que les collectionneurs s’arrachent.
Ses arguments sont d’une autre époque, et c’est précisément pour ça qu’on la veut. Le V12 atmosphérique de 6,5 litres développe 640 chevaux à 8 000 tr/min et 660 Nm, emmène la voiture de 0 à 100 km/h en 3,4 secondes et au-delà de 340 km/h, avec une sonorité qu’aucune voiture turbo ne pourra jamais imiter. La transmission intégrale permet de passer toute cette puissance au sol, les prises d’air latérales s’ouvrent à haute vitesse pour refroidir le moteur, et l’aileron arrière se déploie de lui-même. Surtout, elle reste profondément analogique, sans les filtres électroniques de la génération suivante. Avec la boîte manuelle, chaque passage de rapport fait claquer le métal contre la grille chromée, et quelque part à Sant’Agata, un ingénieur verse une larme en pensant qu’il n’en construira plus jamais.
Soyons honnêtes : la Murciélago se mérite. L’embrayage est ferme et son remplacement se paie au tarif Lamborghini. La direction est lourde à basse vitesse, la chaleur s’invite dans l’habitacle, et la visibilité arrière tient de la légende urbaine. Elle est large, basse, et chaque entrée de parking devient une opération militaire. L’entretien d’un V12 de cette trempe exige un spécialiste de la marque, et un budget à la hauteur.
Celle-ci est une Murciélago LP640 coupé à boîte manuelle six rapports à grille, la configuration la plus rare et la plus recherchée du modèle. Livrée neuve par Lamborghini Bruxelles, aujourd’hui immatriculée en Suède, elle affiche 48 000 km. Elle porte une robe Nero Pegaso et un intérieur noir en cuir et Alcantara à surpiqûres en losanges, et elle reçoit le capot moteur vitré qui laisse admirer le V12. Elle a été régulièrement entretenue. Son dernier entretien date de novembre 2024, et son dernier contrôle technique a été validé le 28 août 2025. Pour préparer sa vente, Lamborghini Stockholm lui a monté des pneumatiques neufs conformes à la spécification d’époque, un investissement d’environ 6 000 €. Elle se trouve actuellement en Suède.
Pour faire une marche arrière en Murciélago, les initiés ont une technique : ouvrir la porte en élytre, s’asseoir sur le seuil et regarder derrière soi. Ce n’est pas pratique. Mais personne n’a jamais trouvé une meilleure façon de se faire remarquer dans un parking.