Ford · 2008
Ford Mustang 4,6 V8 Bullit 315 ch
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- Marque
- Ford
- Modèle
- Mustang Bullit
- Année
- 2008
- Kilométrage
- 12 000 km
- Moteur
- V8 atmosphérique 4,6
- Puissance
- 315 ch
- Énergie
- Essence
- Boîte
- Manuelle 5 rapports
- Couleur extérieure
- Vert (Green Bullit)
- Couleur intérieure
- Cuir Noir
Il y a des voitures qu'on achète pour aller au bureau, et il y a celles qu'on achète pour arriver au bureau avec l'impression d'avoir semé deux tueurs à gages dans les rues de San Francisco. La Mustang Bullitt appartient sans hésitation à la seconde catégorie. Elle n'a ni aileron, ni bandes de course, ni le moindre logo sur ses flancs, et c'est voulu : avec un V8 de 4,6 litres sous le capot, elle n'a pas besoin de se présenter, le moteur s'en charge. Pendant que les voitures modernes vous demandent la permission de démarrer et vous félicitent pour votre conduite économique, celle-ci se contente de gronder, et c'est très bien comme ça. Son histoire commence en 1968 avec Bullitt, le film de Peter Yates dans lequel Steve McQueen, alias le lieutenant Frank Bullitt, lance une Mustang GT 390 fastback vert foncé à la poursuite d'une Dodge Charger noire dans les rues pentues de San Francisco. Une poursuite de près de onze minutes, un Oscar du meilleur montage et une Mustang sombre et anonyme : il n'en fallait pas plus pour entrer dans la légende. Quarante ans plus tard, en 2008, Ford rend hommage au film avec cette Mustang Bullitt, construite sur la Mustang GT de cinquième génération, dont le style s'inspirait justement des modèles de la fin des années 1960. Le cahier des charges était clair : célébrer le film sans tomber dans la caricature, et créer une voiture pour ceux qui aiment conduire plutôt que pour ceux qui aiment se faire remarquer. Elle n'existe qu'en coupé, uniquement avec une boîte manuelle, et dans deux couleurs seulement : le vert Highland Green du film ou le noir. Ford en avait prévu 7 700 pour les États-Unis et le Canada, mais seuls 6 600 exemplaires environ ont été produits, 5 808 en 2008 et 816 en 2009. Elle n'a jamais été commercialisée officiellement en Europe. Ses qualités sont nombreuses, et toutes tournées vers le plaisir de conduite. Son V8 de 4,6 litres reçoit une admission d'air froid Ford Racing à filtre ouvert, une première sur une Mustang à injection, ainsi qu'une cartographie spécifique : il développe 315 chevaux et 441 Nm, et monte jusqu'à 6 500 tr/min, 250 de plus qu'une Mustang GT. Son échappement a été mis au point par les ingénieurs de Ford à partir de la bande-son du film, avec un tube en H modifié, des silencieux spécifiques et des sorties de 3,5 pouces. Le grondement que vous entendez au démarrage est donc, à peu de chose près, celui de McQueen. La boîte manuelle Tremec à cinq rapports et le pont arrière autobloquant au rapport court de 3,73 lui donnent des reprises vigoureuses et un vrai caractère, avec un 0 à 100 km/h en un peu plus de cinq secondes et une vitesse de pointe de plus de 240 km/h. Le châssis a été retravaillé avec des ressorts, des amortisseurs et une barre antiroulis spécifiques, une caisse abaissée de 6 mm et une barre anti-rapprochement Ford Racing qui porte une plaque numérotée : chaque Bullitt a son propre numéro. Le freinage reçoit des plaquettes Performance Friction Carbon Metallic plus mordantes et plus endurantes, avec des étriers gris foncé, et les jantes de 18 pouces s'inspirent des Torq-Thrust de la voiture du film. Le style est un modèle de discrétion assumée : une calandre noire sans cheval ni antibrouillards, aucun aileron, aucun logo GT, et un simple faux bouchon de réservoir frappé du logo Bullitt sur la face arrière, en clin d'œil aux Mustang de 1968. Pour l'anecdote, cette face avant anonyme est un héritage savoureux. En 1968, Ford avait signé un accord promotionnel avec Warner Bros. : le héros devait rouler en Mustang et les méchants en Ford Galaxie. Au final, la Galaxie, trop lourde pour les sauts dans les rues de San Francisco, a été remplacée par une Dodge Charger, et la Mustang a perdu son cheval, ses logos et ses monogrammes, la vedette du film la voulant plus anonyme et plus menaçante. La légende raconte même que l'acteur aurait fait retirer les logos par rancune, parce que Ford refusait d'offrir les voitures à la production. Rien ne le prouve, mais l'ironie demeure : la grande opération publicitaire de Ford s'est terminée par une Mustang incognito poursuivie par une Dodge. Cela n'a pas empêché le constructeur d'en chanter les louanges depuis, avec la mémoire sélective propre aux grandes marques, ni de rééditer la Bullitt à trois reprises, en 2001, 2008 et 2019, en facturant chaque fois au prix fort l'absence de son propre logo. C'est plutôt cocasse. À l'intérieur, la finition est tout aussi soignée, avec des sièges sport en cuir anthracite inspirés de ceux de la Shelby GT500 et une planche de bord en aluminium guilloché façon voiture de course des années 1960. Le pommeau en boule d'aluminium, le pédalier en aluminium, ainsi que les seuils de porte et le volant marqués Bullitt complètent l'ensemble. Le confort n'est pas oublié, avec un siège conducteur électrique à réglage lombaire, la chaîne audio Shaker 500 avec chargeur six CD, la climatisation, des airbags frontaux et latéraux, l'ABS et l'antipatinage. Sa mécanique, partagée avec la Mustang GT, est simple, robuste et éprouvée, et ses pièces courantes sont faciles à trouver. Enfin, c'est une voiture qui intéresse de plus en plus les collectionneurs : Ford a d'ailleurs repris son admission et sa cartographie sur la Mustang GT de 2010, preuve que la recette était la bonne, et la cote des Bullitt d'origine ne cesse de progresser. Par honnêteté, il faut aussi rappeler les points connus de cette génération de Mustang. Sur le V8 4.6, la distribution à calage variable peut devenir bruyante à fort kilométrage, et le boîtier papillon électronique peut faire passer le moteur en mode dégradé. La commande d'embrayage hydraulique est sensible à la qualité de son liquide, au point que la pédale peut rester collée par forte chaleur, et la boîte Tremec se montre parfois ferme à froid. Avec les années, le capot en aluminium a tendance à cloquer sous la peinture, les joints de feux arrière peuvent laisser passer l'eau dans le coffre, et le moteur du volet de climatisation finit souvent par cliqueter derrière la planche de bord. Les fameuses bougies en deux parties qui cassaient au démontage concernent surtout les moteurs fabriqués avant la fin 2007 ; la Bullitt, produite à partir de février 2008, a normalement les culasses révisées. Enfin, comme toutes les Mustang de 2005 à 2014, elle est concernée par le rappel des airbags Takata, qu'il suffit de vérifier auprès de Ford avec le numéro de série. Rien de rédhibitoire : ce sont les points d'entretien classiques d'une sportive américaine de cette époque, et la plupart sont liés à l'usure et aux kilomètres. Justement, des kilomètres, l'exemplaire proposé ici n'en a presque pas : il affiche 12 000 km d'origine. Sur une Bullitt de 2008, c'est tout simplement introuvable. La plupart ont été conduites comme McQueen l'aurait voulu, c'est-à-dire beaucoup et rarement avec douceur. Un exemplaire aussi préservé est donc une rareté au sein d'une série déjà rare, et c'est ce qui explique son prix. À ce kilométrage, l'embrayage, la distribution et les trains roulants ont à peine eu le temps de se roder. Sa peinture d'origine a été soigneusement entretenue. Petite ironie : pour le film, la peinture de la Mustang avait été volontairement ternie au tampon abrasif ; ici, elle a eu droit au traitement inverse. La voiture est vendue avec ses documents et son suivi, à la disposition de tout acheteur intéressé. C'est l'occasion rare d'acquérir une Bullitt dans l'état où l'on rêverait de la trouver, que ce soit pour une collection ou pour enfin faire résonner son V8 comme il le mérite. Alors comme ça, vous êtes un éternel adolescent qui refuse de vieillir, avec des références d'un temps révolu ? Soyons honnêtes, et dans le fond vous le savez : ce blouson de cuir ne vous rend pas cool, il vous donne juste chaud. Pas de panique, on vous comprend : on a le même dans le placard. Laissez donc le monde se gausser, prenez le volant et roulez comme un possédé : le grondement du V8 couvrira très bien leurs ricanements.
Historique
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