Une Ferrari en plastique. Dit comme ça, on pense à un jouet de station-service. Pendant quarante ans, cette phrase vous aurait valu des rires au club. Aujourd’hui, elle fait taire la salle, Ferrari n’en a fabriqué que 712, et elle vaut aujourd’hui plus cher que la version en acier sortie juste après. Vos amis riront quand même. Laissez-les : eux ont des voitures en acier, et aucune culture. Voici la Ferrari 308 GTB Vetroresina.
En 1975, Ferrari doit remplacer la Dino 246, c’est-à-dire succéder à la plus belle petite voiture du monde. Le dossier est confié à Leonardo Fioravanti, chez Pininfarina, l’homme qui a déjà dessiné la Daytona. Il règle la question en une seule silhouette, présentée au Salon de Paris. Cette fois, le cheval cabré est sur le capot. Scaglietti moule la carrosserie en polyester renforcé de fibre de verre, la « vetroresina », plus légère que l’acier. Deux ans plus tard, Ferrari revient à l’acier, comme on range au placard une idée trop audacieuse, et il ne restera que 712 Vetroresina. Sa sœur découvrable, la GTS, partira faire carrière à la télévision avec Magnum. La GTB est restée à la maison, sans moustache, et c’est elle que les collectionneurs s’arrachent aujourd’hui.
Sous le capot arrière vit un V8 de 3 litres à carter sec, nourri par quatre carburateurs Weber, qui développe 255 chevaux. Quelques années plus tard, les normes antipollution obligeront Ferrari à passer à l’injection, et une quarantaine de chevaux disparaîtront dans l’opération. Votre Vetroresina, elle, est arrivée avant les normes. La carrosserie en polyester ne rouille pas, la grille de boîte chromée claque à chaque rapport, et le V8 chante si fort derrière vos oreilles que vous n’entendrez plus votre passager. C’est un avantage, croyez-nous. Quant à la ligne, elle a cinquante ans et pas une ride, ce que peu de propriétaires de 308 peuvent dire d’eux-mêmes.
Soyons honnêtes : polyester ne veut pas dire invincible. Le châssis reste en acier et mérite une inspection attentive, et la carrosserie se répare chez un spécialiste, pas chez le carrossier du quartier. Les courroies de distribution se changent régulièrement, et Ferrari ne les a jamais vendues au prix de la sympathie. La direction non assistée transforme chaque créneau en séance de musculation, et l’habitacle devient un sauna dès le premier bouchon. Les quatre Weber, enfin, réclament un mécanicien qui les écoute avec l’oreille d’un luthier. Il en reste quelques-uns : gardez leur numéro.
Celle-ci a été mise en circulation en mai 1979 et affiche 61 500 km au compteur. C’est une voiture d’origine suisse, l’une des 712 Vetroresina, homologuée comme véhicule de collection. Elle a été restaurée intérieur et extérieur en 2015 et a été choyée depuis. Elle porte une robe noire et un intérieur en cuir beige passepoilé de noir, la tenue de soirée d’une Ferrari qui n’a rien à prouver. Son V8 de 3 litres à carter sec développe 255 chevaux, associé à une boîte manuelle. Elle est livrée avec sa pochette d’origine contenant le carnet d’entretien et les documents, un petit dossier de factures, son outillage, son cric et sa roue de secours. Elle se trouve actuellement en Suisse.
Il y aura toujours quelqu’un pour tapoter la carrosserie du bout des doigts, histoire de vérifier que c’est bien du polyester. Laissez-le faire. C’est le plus près qu’il approchera jamais d’une Vetroresina.