Mitsubishi · 1986
Mitsubishi Pajero 2,6 L Turbo Dakar ex. Kenjiro Shinozuka #309 250 ch
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- Marque
- Mitsubishi
- Modèle
- Pajero Dakar ex. Kenjiro Shinozuka #309
- Année
- 1986
- Kilométrage
- 13 263 km
- Moteur
- 4G54 « Astron » 2,6 L turbo
- Puissance
- 250 ch
- Énergie
- Essence
- Boîte
- Manuelle 5 rapports
- Couleur extérieure
- Blanc (Citizen)
- Couleur intérieure
- Tissu noir
Pour ceux qui nous connaissent, vous imaginez notre stupeur lorsque nous avons eu l'opportunité de vous proposer cette exclusivité mondiale. Pour les autres : nos commerciaux ont dû s'asseoir, boire un grand verre d'eau et relire l'annonce trois fois. Un petit rappel s'impose. Le n°309 est construit en 1986 par Mitsubishi, dans le cadre de son programme officiel au Paris-Dakar. La marque vit alors une période charnière. Elle a remporté l'épreuve en 1985 avec Patrick Zaniroli, première victoire d'un constructeur japonais au Dakar, et veut conserver son titre. Pour la saison 1986, l'usine prépare une nouvelle génération de prototypes sur la base du Pajero de première génération. La carrosserie en résine est redessinée pour l'aérodynamique, l'empattement est allongé et la suspension adopte des doubles triangles. Le moteur est un 4 cylindres 4G54 de 2,6 litres, turbocompressé et à injection électronique ECI, d'environ 230 ch, et la voiture emporte près de 320 litres de carburant. Trois de ces voitures sont confiées à Andrew Cowan, Patrick Zaniroli et Hubert Rigal. Malgré 12 meilleurs temps sur 23 spéciales, elles s'inclinent face aux Porsche 959. Ce Dakar est aussi celui du drame : Thierry Sabine, fondateur de l'épreuve, meurt dans l'écrasement de son hélicoptère avec Daniel Balavoine. Pour 1987, Mitsubishi réserve ses toutes nouvelles évolutions, d'environ 250 ch, à son équipe officielle : Cowan, Rigal et Da Silva. Un prototype de spécification 1986, déjà éprouvé, est confié à une équipe satellite, Mitsubishi Citizen Natsuki, sponsorisée par l'horloger Citizen. Au volant, on trouve Kenjiro Shinozuka, pilote japonais de 38 ans. Un an plus tôt, il n'avait couru qu'un Pajero diesel de série, terminé 46e. À ses côtés, le Français Jean-Claude Morellet, dit « Fenouil », ancien pilote moto du Dakar sur BMW et créateur du Rallye de Tunisie et du Rallye des Pharaons, découvre le métier de copilote en automobile. La voiture reçoit le numéro 309 et la livrée Citizen. L'édition 1987 est la première sans Thierry Sabine, organisée par la TSO sous la direction de son père Gilbert. C'est aussi l'arrivée de Peugeot avec Ari Vatanen et sa 205 Turbo 16, un prototype à moteur central issu du Groupe B, bien trop rapide pour les 4x4 dérivés de la série. Au fil des milliers de kilomètres entre la France, l'Algérie et l'Afrique de l'Ouest, l'équipe officielle Mitsubishi s'effondre. La voiture de Da Silva prend feu, Rigal sort de la route après une série de meilleurs temps, et seul Cowan termine, 8e. Le « vieux » prototype de l'équipe satellite, lui, avance avec régularité. Shinozuka roule vite sans casser, et Fenouil navigue à la boussole et au roadbook, sans GPS, sur un terrain qu'il connaît comme un organisateur. À Dakar, le n°309 termine 3e au classement général, à 4 h 23′ 16″ de Vatanen. Juste devant lui se trouve Patrick Zaniroli, l'ancien vainqueur Mitsubishi de 1985, désormais sur Range Rover, et le premier Toyota est à plus de deux heures derrière. C'est une première historique : le premier podium d'un pilote japonais au Dakar. L'écurie Citizen Natsuki repart en plus avec le prix de la meilleure équipe. À son retour à Tokyo, Shinozuka découvre une foule de journalistes qui l'attend à la porte de l'aéroport, et le Dakar devient un phénomène national au Japon. Mitsubishi traitait pourtant son pilote comme un simple salarié : il touchait un salaire d'employé de bureau, et ses notes de frais mentionnaient parfois comme hébergement « dormi dans la voiture ». Ce succès nourrit l'image « aventure » du Pajero et donne naissance à des produits commerciaux, dont les séries spéciales Pajero Paris-Dakar en livrées Citizen et Nikon. Plutôt que de retraiter la voiture, Mitsubishi la réengage en 1988 sous le numéro 215. Shinozuka est toujours au volant, cette fois avec le copilote franco-andorran Henri Magne. L'usine mise de son côté sur un prototype radical, dessiné en un mois et demi et surnommé en interne « la Formule 1 du désert ». Ce nouveau prototype abandonne, alors que l'ancien châssis de 1986 résiste encore. Le rallye est marqué par un épisode resté célèbre : le vol de la Peugeot 405 T16 de Vatanen au bivouac de Bamako, qui entraîne son exclusion. Juha Kankkunen l'emporte sur 205 T16. Derrière lui, sur un Dakar record de 603 véhicules au départ dont seulement 302 à l'arrivée, le Pajero termine 2e, à 2 h 51′ 44″ du vainqueur. Le même châssis signe ainsi deux podiums consécutifs, un fait rarissime pour une voiture de rallye-raid. La voiture sort ensuite de la lumière, mais ses deux hommes poursuivent leur ascension. Shinozuka devient champion d'Asie-Pacifique des rallyes en 1988. Il remporte le Rallye Côte d'Ivoire en championnat du monde en 1991 et 1992, puis le Dakar 1997, premier Japonais à y parvenir, avant de disparaître le 18 mars 2024. Fenouil termine 2e du Dakar 1990 avec Björn Waldegård, puis Jean-Claude Killy l'appelle pour diriger le Dakar en 1993 et 1994. Prototype d'usine rétrogradé dans une équipe satellite, le n°309 a battu l'équipe officielle, offert au Japon son premier podium au Dakar en 1987, puis fini 2e en 1988. C'est avec lui que débute la carrière qui mènera Shinozuka à la victoire en 1997. Un véhicule mythique, une opportunité unique et une équipe commerciale franchement euphorique. Et oui, il est bien disponible ! Et tout à coup, vous regarderez les autres de haut, chanterez vos exploits de 1987 alors que vous n'y étiez pas, giflerez les propriétaires de GPS et traverserez les terre-pleins en roulant comme un assassin. Votre famille et vos amis s'en remettront… du moins, on le croit.

